Marché de l’art / Afrique / QUEL TEMPS VA-T-IL FAIRE DEMAIN?

N’espérez surtout pas de chiffres. Six mois après le début de la crise, personne n’en donne. Seuls les artistes peuvent vous dire que la situation est franchement difficile. Les galeries, les grandes manifestations sont toujours plus discrètes. Il y a quelques semaines, Touria El Glaoui, fondatrice et directrice de 1-54, confiait à ArtNet news

….« L’attitude générale envers l’art en ce moment est un ralentissement à l’échelle mondiale, et je peux imaginer que nous serons également impactés. » Difficile d’en dire moins. Plus intéressante, la seconde partie du propos quand elle suppose : « Mais en même temps, comme le prix d’accès est beaucoup plus bas que dans la plupart des autres régions, nous sommes mieux placés pour être plus accessibles en ligne que de nombreuses œuvres d’art dont le prix est beaucoup plus élevé. » L’activité de ces derniers mois est dans ces trois lignes. Des expos virtuelles et un catalogue plus abordable.

A l’appui de ce sentiment, la dernière vente Piasa et sa collaboration avec la maison sud-africaine Aspire Auction. L’évènement a tout de même produit 1, 6 million d’euros. Un fusain de Kentridge ayant atteint les 240 000 euros. Autre fait remarquable, la dématérialisation de 1. 54 (New-York et Londres). Ou encore les accrochages virtuels innombrables qui ont fleuri au travers de la planète. Cette nouvelle approche a semble-t-il bien marché. A New-York, 70 % des galeries affirmaient avoir vendu une ou plusieurs œuvres en 1500 et 3000 euros. On attend donc avec impatience quelques lumières sur Londres et tout autant l’édition (maintenue et matérielle) de l’AKAA qui aura lieu début novembre à Paris.

Davit Abebe, valeur montante, interculturalité et identité en perfusion permanente… sous contrat avec la galerie londonienne Kristin Hjellegjerde

Mais qu’en est-il des marchands basés en Afrique ? On imagine que les maisons occidentales devraient pouvoir encaisser le choc. Qu’en sera-t-il des galeries de Dakar, d’Harare, de Lagos ou Joburg, dans un contexte sociétal beaucoup plus tourmenté ?

Là encore, les avis sont partagés. A Dakar, Cécile Fakhoury voit les choses avec un certain optimisme. « J’ai le sentiment que la crise apportera plus de concentration et plus d’efforts et d’énergie au marché local», dit Fakhoury. « D’une certaine manière, si nous en faisons moins à l’extérieur, nous avons plus de temps et plus d’argent pour faire plus à l’intérieur. » En somme, nous allons pouvoir nous consacrer à nos clients potentiels et nationaux. Il y a des acheteurs en Afrique et c’est de ce côté qu’il faut regarder.

Autre élément qui laisse à réfléchir, la tenue des prochaines foires et autres rendez-vous. Là encore, les dates ont été remises et l’on suppose que certaines devraient aussi s’adapter. Touria El Glaoui songe à différer la tenue de 1.54 Marrakech, de façon à ne pas intervenir aux mêmes dates que Cape Town Art Fair (février). Mais ces fluctuations n’ont pas été sans conséquence sur les ventes aux Occidentaux.

En plein confinement, Magnin-A mettait en place des présentations d’artistes sur son Instagram. Amadou Sanogo, originaire du Mali, faisait ainsi l’objet de plusieurs coups de projecteur.

Fondatrice de la Galerie Atiss (Dakar), Aissa Dione parle à ce sujet d’ « un marché qui se débat. ». Pour elle les ventes virtuelles ont permis de compenser pour partie, mais elles vont demander aussi une réflexion très pointue sur les stratégies de communication, à savoir « un moyen alternatif de projeter la galerie et d’atteindre des marchés au-delà de sa situation géographique ». Ce qui englobe aussi bien l’Europe et l’Amérique que les voisins du Continent.

Et dans tout ça, les artistes ?
La crise devrait donc se négocier pour les galeries importantes, mais on se pose d’autres questions dans des pays plus fragiles, où le marché de l’art manque de maturité. Depuis plusieurs années, Daudi Karungi, à l’origine de la Foire de Kampala (Ouganda), souhaite motiver les acheteurs africains. Aujourd’hui, il est sceptique. «  La question est de savoir quelle sera leur réaction à la crise économique. Vont-ils continuer à faire de l’art une option d’achat ? » Même réction pour Janire Bilbao, propriétaire de la galerie Movart (Luanda, Angola ). La crise du pétrole a précédé celle du Covid, l’économie est à genoux, explique-t-elle. « Nous craignons que les collectionneurs locaux soient plus touchés que nos clients internationaux à mesure que la crise s’aggrave en Angola. » Jusque là, les collectionneurs ne sont pas revenus.

Les collectionneurs africains sont aujourd’hui la cible d’une attention toute particulière.

Et puis il y a les artistes. On en parle assez peu. Les regards restent braqués sur les ventes et les têtes d’affiche. Dans des appartements, en Europe, ils attendent de rentrer. Plus d’argent et plus de tubes. Le regard sur le tableau des vols.

RC (ZO Mag’)
Photos DR
Le tableau d’ouverture est de Ayanda Malubu (Afrique du sud, galerie Kalachnikovv, Jo’burg)

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