Billie Zangewa / Hautes tensions

 
La vie en couleurs. Billie Zangewa coud des tableaux solaires. A croire que tout va bien. Que cette vie n’est que lumière… Mais attention, il se peut que le jardin ouvre sur de grandes solitudes. Les pièges, les images, les histoires…

La vie de tous les jours. Une femme qui prépare un déjeuner, qui regarde au travers d’une fenêtre. Une cuisine claire et bien meublée. Le quotidien, le temps qui passe… Billie Zangewa  vous ouvre ses intérieurs « africains ». Le continent d’aujourd’hui n’est plus celui des forêts impénétrables et des danses rituelles. Ses vols ont changé de fuseau horaire. L’artiste du Malawi le dit pour partie dans une œuvre qui voyage à contresens. On pense tout de suite aux tableaux de Njideka Akunyili Crosby (Nigeria). Mêmes conformités occidentales, même déracinement… et mêmes servitudes de la femme. Parce que Billie Zangewa parle avant tout des femmes.

« Je crois que chaque artiste est unique. Personne ne peut être moi et je ne peux être personne. Tout projet est subjectif, donc unique. », disait-elle dans une interview sur le web. Unique effectivement. Alors que l’Afrique ne cesse de (re)peindre les apartheids et le traumatisme culturel, elle met en couleurs vives, somptueuses parfois, la modernité et l’extrême solitude. Ce qui a souvent gêné les critiques sud-africains. « Trop décoratif, trop esthétique », a-t-on dit de ces collages de soies, très complexes et éclatants de lumière. Des jaunes solaires, des fleurs somptueuses, des corps qui respirent la béatitude. Au premier, comme au second degré, ça dérange. « Les conservateurs n’apprécient souvent pas le bel art – ils veulent exploiter les expériences traumatisantes de l’artiste. Ils ne sont pas intéressés par la guérison. »

La chambre 408 a été louée le mercredi, par le secrétariat d’une société immobilière. Pourquoi ?


« Les conservateurs n’apprécient souvent pas le bel art – ils veulent exploiter les expériences traumatisantes de l’artiste. Ils ne sont pas intéressés par la guérison. »

Cette « citoyenne du monde », comme elle se définit elle-même, refuse de se complaire dans la souffrance, mais elle sait pointer du doigt les pièges. Ces cuisines si bien rangées, ces miroirs qui imposent la servitude, sont autant de regards sur la place échue à la femme. Au fond, rien n’a changé. Les robots, les machines à tout-faire respirent la même tristesse. Passionnée des jardins, elle le dit clairement quand elle parle de cette paix végétale. « Le jardin est une sorte d’utopie, mais la nature a une double personnalité: elle a un beau côté et un côté sombre. Il y a danger dans la beauté. (…) »

Son père était passé quelques heures, dimanche. Mais pas moyen de lui faire lâcher son téléphone.
Central parc, forêt impénétrable du cauchemar climatisé.

Un jour, les galeries européennes ont compris que Billie Zangewa était infiniment plus qu’une esthète. Le beau était là, comme un abîme. Ses collages parlaient tout simplement d’elle, de vous, de la voisine qui est caissière dans un supermarché. La vie est si courte, si fragile. Des lignes à haute tension, sont posées au-dessus des jardins. La critique sud-africaine a applaudi. 


Roger Calmé
Photos DR

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