Marie Rachel Isambert / De la couleur plein l’écran

Sur la Grande Toile, les petites toiles s’accrochent. Marie Isambert a ouvert en août dernier sa galerie Internet. L’un des rares lieux (virtuel ou physique) qui montre des artistes africains. Mais un site qui se veut aussi ouvert le plus largement possible. Native d’Haïti, elle attache au métissage une grande importance. « Mes convictions artistiques se basent sur mes rencontres. Les artistes que je croise sont de tous horizons, à l’image de ma vie. Multiculturelle. »

Marie Rachel refuse donc « tout enfermement communautaire. » Les murs sont ouverts, l’écran plein de clarté. No walls, only lines. Connexion maximale.

Interview /
Il y a deux ans, vous vous occupiez de la communication pour une galerie. Vous aviez un contact physique avec les œuvres, les artistes et le public. Aujourd’hui, c’est différent. Pourquoi le Web?
Un an avant d’ouvrir le site, j’ai créé une page Instagram. Sur cette page, je parlais des choses que je voyais, de la peinture qui m’avait intéressée. A cette époque, je travaillais aussi pour une galerie, l’espace Carte Blanche, à Marseille. Mon idée, au départ, c’était d’évaluer l’intérêt que le Net pouvait représenter pour l’art. On a des idées assez arrêtées. Par exemple, l’art est dans un musée. Ou bien l’art se vend dans une galerie. Mais je me suis rendue compte qu’il y avait une grande curiosité sur Internet. Et une curiosité internationale. On a des enquêtes très sérieuses qui confirme les échanges qui ça génère. Alors oui, je n’ai pas le contact physique avec l’acheteur. Mais j’élargis assez considérablement le public, et bien au-delà de la région, de la France et de l’Europe.

Aujourd’hui, vous avez donc le site, sur lequel on va découvrir les œuvres. Comment est le contact ?
Le site est très visuel, la peinture ou la photo, la sculpture, prennent l’essentiel de la place. Peu de texte. Les œuvres. Donc on ne perd pas trop d’émotion. D’ailleurs, il y a un rapport, le Hiscox, qui s’intéresse exclusivement à ce marché. On découvre un volume d’achat de plus en plus important, des gens qui vont acquérir deux ou trois fois par an. Et surtout qui apprécient le côté anonyme.

Sophie Testa (fétiches Yorubas) à l’image de la galerie, croisement de langues et de cultures.

On ne veut pas faire voir que l’on achète de la peinture ?
Ca se passe un peu comme dans une salle des ventes où tout se fait par téléphone, et au final personne ne connaît le nom de l’acheteur. Il y a toujours eu ce côté un peu secret dans l’achat des oeuvres d’art.

Au-delà de l’aspect économique, parlons des artistes. Ils sont africains ou des Caraïbes. Qu’est-ce que le site représente pour eux ?
L’Art africain ? Déjà ce mot. Il y a des arts africains, qui ont des histoires différentes… On l’appelle déjà sous un nom général qui dénote un manque d’intérêt. L’Art africain, c’est dans les musées, le plus souvent. Les galeries l’ignorent, parce qu’elles ne le connaissent pas. Les artistes sont tout simplement victimes d’être… invisibles. Je vais prendre un exemple, celui de Yagor Yahaut. C’est très fort ce qu’il fait. Le monsieur est totalement inconnu. Il a juste cette qualité de croire en lui. Personne n’a jamais entendu son nom, et il a dû frapper, physiquement, aux portes, jusqu’à ce que les galéristes comprennent. Voilà. Donc pas d’espaces, une ignorance et un public réduit. Parce que c’est invisible.  

Yagor Yahaut, parmi les jeunes artistes ivoiriens qu’elle admire. Inconnu il y a quelques mois… aujourd’hui, présent sur des Biennales comme Marrakech 1.54.

Le site permet cette visibilité…
Oui, il permet de rendre visible et bien plus largement que sur les murs d’une galerie. En fait, je n’aimais pas trop l’idée d’un espace immobile, arrêté. Là, on va très loin, et cela n’empêche pas, en même temps, de trouver des lieux pour faire des expos temporaires. L’été prochain, je croise les doigts, on doit avoir un accord avec l’ancien Palm Beach, le Nhow. Des accrochages pendant l’été, la clientèle haut-de-gamme. Là, pour les artistes, c’est une autre ouverture encore. Et de grosses potentialités d’achat.

Marie, vous êtes une personne que l’on connaît à Marseille. Vendre de l’art, ça demande aussi un gros carnet d’adresses…
Et je suis noire, et assez jolie (sourire). Oui, je pourrais jouer là-dessus. Mais je suis surtout très présente. J’ai suivi des cours d’histoire de l’art. J’ai une passion véritable et raisonnée de tout ça. Je veux y arriver et j’y arriverai (sourire). Cette année, j’ai trois amis, qui sont mes ambassadeurs. Ils sont sur Facebook et ils disent qu’ils aiment. Il s’agit de Thierry Trésor (journaliste), de Gorgiana (chef cuisinier) et de David Walters (musicien). Des amis. Plusieurs fois, les gens m’ont demandé:  » pourquoi sont-ils noirs, tous les trois?  » Ça ne m’était même pas venu à l’esprit.

Contact: https://www.facebook.com/magicmarie
Site : https://www.mriart.com

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