Martine Dabiré / Dans l’angle de l’étoile

La beauté pure
« Vous me demandiez quelle était la robe la plus belle que je puisse rêver ? J’ai vu une fois à l’écran, dans un film américain, une femme la nuit sur une terrasse. Je serai incapable de vous dire le titre. Peut-être, les années cinquante. Elle est dans le salon, la robe est bleue nuit, en soie, une robe longue et très étroite à la base. La femme est vraiment belle, avec un bijou qui fait des paillettes de lumière sur son cou. Quand elle sort, la robe devient sombre, mais la lune la fait briller. L’océan est plus loin, comme la robe, sous la lune. Une robe, comme la mer, la nuit et cette femme. Whaouu ! »

DANS L’ANGLE DE L’ETOILE
Sophistiquée et un peu plus encore. Les dernières créations de Martine Daribé semblent sorties d’un film. Leur matière même est… hollywoodienne. A porter sur un paquebot, au mariage d’une sultane, une nuit dans le palais d’un prince russe. Et pourtant… L’Afrique n’est pas très loin. Un songe ! Une interview…

Par Roger Calmé

A découvrir cette collection, peut-on en déduire que seul le luxe est véritablement élégant ? Si vous deviez définir d’ailleurs l’élégance…
C’est une question… assez compliquée, non ? L’élégance, vous voulez dire comment la femme se voit-elle, et en fonction de quel événement ? Ou bien à quoi la robe doit-elle correspondre pour moi ? Aurons-nous, la cliente et moi, la même idée ? Est-ce le regard des autres qui compte, ou celui que vous portez sur vous-même ? Sans doute un peu de tout ça. Disons que je conçois l’élégance d’abord comme la satisfaction d’un besoin. Nous établissons une communication avec la femme que nous allons habiller. A la lumière de ce qu’elle nous confie, nous cherchons à correspondre parfaitement à ses ambitions. Ensuite, bien sûr, son plaisir dépendra pour partie de l’image que les autres vont lui renvoyer. Quel bonheur de plaire. A soi-même, au public… et à la créatrice. Mon idée de l’élégance, c’est en somme une harmonie des réponses données. La femme est sublime, elle en est heureuse, et moi aussi d’être parvenue à la comprendre. Dans la forme et sur le fond. 

Comment la couture est-elle entrée dans votre vie ?
Dans ma famille, il n’y a pas de couturiers. Je suis une exception. Et cette passion, je l’ai attrapée toute petite. D’abord avec mes poupées, puis à admirer les femmes élégantes que je rencontrais. Tout aurait pu en rester là, puisque je vais suivre la volonté de mes parents et faire des études de gestion, que j’achève au Canada, en business administration. J’ai même commencé à travailler dans ce domaine. Ce sera temporaire (sourire discret). Je me suis vite rendue compte du manque que j’éprouvais. Il y avait profondément un désir de revenir au tissu. Je me suis donc inscrite à nouveau en fac, à l’Académie de design de Toronto, dont je suis sortie trois ans plus tard, avec une formation en technique de design. J’avais maintenant la possibilité de me lancer.

Votre première collection date de 2010. Le modèle qui se dégage et donne une certaine idée de vos envies ?
Effectivement, c’est cette collection que je présente à Dakar. Je l’appelle « Soleil du Faso », et c’est un vrai bonheur de voir qu’elle a attiré l’attention de cette très grande dame qu’est Collé Sow Ardo. Le bonheur est vraiment total, puisqu’elle va m’inviter à défiler lors du fashion show « Sira Vision », dont elle s’occupe. C’est sur ce podium que j’ai présentée « Cléopatra ». Le nom en dit déjà beaucoup. C’est tout à fait glamour, très sophistiqué et elle épouse au plus près le corps de la femme, elle la révèle dans une beauté immédiate, totale… C’est un manifeste (rire), une robe de pharaonne, de reine, la princesse définitive. Je me souviens très bien des designers qui l’ont vue et de cette recommandation unanime, qu’il fallait travailler dans ce sens, et garder toujours à l’esprit, la perfection technique, le souci le plus aigu du détail.

« J’ai vu une fois à l’écran, dans un film américain, une femme la nuit sur une terrasse. Je serai incapable de vous dire le titre. Peut-être, les années cinquante. Elle est dans le salon, la robe est bleue nuit, en soie… » Martine Dabiré

Quelques années ont passé. Vous envisagez de nouvelles pistes ? La modernité, les matières…
Je reste très attaché à mes principes. Ce qui m’obsède, c’est d’atteindre à l’équilibre parfait. Une création qui se justifie sans aucun mot, qui dit tout en un seul regard. Maintenant, quels que soient les matériaux, je n’en écarte aucun. Et plus encore les tissus traditionnels, les pagnes tissés, les pagnes teintés, les fibres… On dispose d’une palette assez phénoménale. Le wax, le wodin, le Vlisco, tout ça nous ouvre des associations à l’infini. Ensuite, il y a l’accessoire qui vient jouer, qui renforce et éclaire. Je pense aux perles, mais aussi au cuir, aux broderies… mais toujours que l’ensemble demeure portable. L’élégance, c’est une œuvre qui va vivre. Les défis, les provocations ne m’intéressent pas.


Si demain vous avez la possibilité d’apparaître dans un lieu hors norme. Plein éclairage…
Quelle question ! Je manque d’imagination ? Beyoncé porte l’un de mes tenues, pour la remise d’un Award ou bien dans l’escalier de Cannes, velours rouge, des hommes en smoking noir et une robe absolue. Choisissez la couleur (rire). Je vous ai dit Beyoncé, mais Mme Obama aussi, parce qu’elle est l’élégance naturelle et que c’est un véritable bonheur d’habiller tout ce talent et le leadership qu’elle incarne.

« La femme est sublime, elle en est heureuse, et moi aussi d’être parvenue à la comprendre. Dans la forme et sur le fond.« 

Revenons sur terre. On parle beaucoup de partenariat entre le styliste et les artisans africains, ceux qui tissent, ceux qui teintent…
C’est un aspect auquel je pense en effet. Nous avons au Burkina Fasoun pagne tissé, appelé Faso Dan Fani’. Là, il y a de belles choses à mettre en place, comme avec les bazins teintés par les femmes maliennes. De passer des commandes auprès des coopératives et d’envisager aussi un atelier de production plus important, qui permette de donner de la qualification et de l’emploi. Ensuite, c’est évidemment un travail qui demande une approche marketing, au travers du e-commerce, des partenariats avec des chaînes de magasins, une présence permanente et dynamique sur le web. Il y a énormément d’appuis à créer avec les réseaux sociaux, comme celui d’Amina.


On est carrément tombé sous le charme de votre dernière création, présentée à Kinshasa. Cette robe bleu saphir…
Je pense qu’elle traduit vraiment ma conception du glamour, sensualité, sophistication… Une femme confiante, assurée et assumée, un peu provocante qui laisse apparaître  le côté caché, mais sans la perversion. Une robe taillée pour la célébrité, les tapis rouges, vraiment exceptionnelle. Ensuite, il y a cette idée de métissage à laquelle je tiens beaucoup. La coiffe lui donne son stature de reine égyptienne, mais une reine moderne, drapée de velours. Une reine qui ira déjeuner, à l’autre bout de la planète.

Contact: https://divinesdesign.ca/

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