Coronavirus / Sensibilité accrue

Sur les marchés de Ouagadougou, « Sauve ma patrie » intervient depuis près d’un mois. Objectif : la prévention dans la proximité immédiate des plus faibles. Les moyens du bord, la volonté permanente.

« On ne pouvait pas rester les bras croisés. » Ce midi, Ben Ismaël Nonbré est avec son équipe sur l’un des marchés d’Ouagadougou. Zempasgo ou Cissin. Des milliers de passants, la foule habituelle, point de rassemblement quotidien. Il y a un mois, les femmes regardaient l’équipe en souriant. Aujourd’hui, le coronavirus commence à prendre un sens. Ici, les gens ne regardent pas Internet.  Ils n’écoutent pas la radio. « Il y a dix jours, quand tu regardais la rue, que tu écoutais la télé, c’est fou, mais la pandémie n’existait pas vraiment. Je pense qu’à ce moment, les autorités ne savaient pas comment aborder la sensibilisation. Ou qu’ils n’en avaient pas les moyens », explique cet ingénieur en informatique, propriétaire d’une société spécialisée dans le numérique. « C’est pourquoi, on a créé cette petite Ong. »

« Sauve ma patrie » regroupe désormais une vingtaine de jeunes Burkinabés, issus de tous les quartiers de la capitale. Leur objectif : sensibiliser une population qui manque de réflexes. « Pour nous, c’est important d’aller jusqu’à eux et de leur expliquer les gestes d’hygiène. Directement de les voir et de leur montrer. Le message passe beaucoup mieux que sur un panneau publicitaire. » Ce spécialiste du virtuel a donc commencé à sillonner la capitale.

La sensiibilisation touche aujourd’hui 23 quartiers de la capitale. Mais les moyens restent limités. Les produits désinfectants sont sur le point de manquer.

« Il n’y a pas d’eau dans les maisons, les femmes vont aux bornes fontaines, et beaucoup n’ont pas assez d’argent pour se payer le savon. »

Concrètement, l’ONG travaille avec l’association « Femmes et prisons d’Afrique ». Dans le centre de détention de la MACO, elles sont huit femmes qui fabriquent du savon et de la javel. Une activité qui a le double avantage de répondre à ce besoin de produits, tout en leur assurant un revenu. L’ingénieur s’est donc associé à Khady Sy Ouedraogo, pour ces tournées au-travers d’Ouagadougou.

« Ces visites sur les marchés nous ont permis déjà de distribuer des masques. Même si le nombre est limité, il donne aussi des repères sur la nécessité de se protéger de la transmission par voie respiratoire. Je pense qu’on va nous aussi fabriquer des masques réutilisables et que les gens les laveront. Ensuite, il y a eu la distribution des produits lavant et désinfectant. En quelques heures, on est parvenu à concerner en gros 800 personnes. » confiait-il au départ. Aujourd’hui la cible s’est beaucoup agrandie. De nouveaux quartiers ont été touchés. Certains comme Karpala sont des situations d’extrême pauvreté. « Il n’y a pas d’eau dans les maisons, les femmes vont aux bornes fontaines, et beaucoup n’ont pas assez d’argent pour se payer le savon. » L’association fait donc des dons, mais de son côté aussi, les moyens ne sont pas infinis.

« Nous sommes allés dans une vingtaine de quartiers, et chaque fois une cinquantaine de femmes viennent. Elles se précipitent sur les bornes de lavage, mais on n’a plus assez de savons et de gels hydro-alcooliques. Sans parler des masques. L’Etat n’arrive pas non plus à faire face. Il y a la volonté, mais pas les moyens », constate l’ingénieur. Hier, le président de la République annonçait qu’il renonçait aux six prochains mois de son salaire. Faire face.

R. Calmé
Photos : Ong « Sauve ma patrie »
, @ongsauvemapatrie

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