Chine / Cachez cet étranger que je ne saurai voir

Il a suffi d’une étincelle. Depuis une dizaine de jours, la Chine voit se multiplier les actes xénophobes, pour la grande majorité dirigés vers les ressortissants africains. Expulsion de leur domicile, comportements haineux, interdiction d’accès dans les commerces, mise en quarantaine abusive: cette vague provoque un tollé diplomatique général. Les USA, qui se soucient pourtant peu de l’Afrique et du respect de ses populations, sont aussi montés au créneau. « Traiter les gens – en particulier les étudiants – de cette manière pendant une crise mondiale de santé publique en dit long sur la façon dont la Chine considère son soi-disant « partenariat » avec l’Afrique », a noté le porte-parole du département d’État.

A l’origine de ces incidents, il y a d’abord un chiffre qui inquiète les autorités chinoises et semble montrer une reprise des contaminations. La semaine dernière, 693 nouveaux cas étaient signalés, et 90 % des personnes touchées étaient chinoises. Mais le 7 avril, à Canton  (Guangzhou), les autorités insistent en particulier sur 7 personnes d’origine nigériane. Celles-ci ont donc été placées en quarantaine. Il semble alors que certains se soient échappés de leur assignation pour fréquenter des lieux publics. La réaction des autorités a été immédiate.

Ordre aux restaurants de ne pas servir la clientèle africaine
Guangzhou abrite la plus grande communauté africaine du pays. Cette mégapole de plus de 14 millions d’habitants compte entre 15 et 30 000 ressortissants du Continent. Un chiffre dérisoire, mais qui a soudainement focalisé l’attention. La peur d’un nouveau cluster de la maladie a été à l’origine de plusieurs mesures. Selon la chaîne CNN, « la police a ordonné aux bars et aux restaurants de ne pas servir les clients d’origine africaine. De plus, les autorités ont lancé une campagne de tests au Covid-19 obligatoires pour tous ceux qui pourraient être entrés en contact avec des Africains »…. alors que certains étaient encore en quarantaine. Deux mille personnes ont ainsi été assignées à résidence.

Sur recommandation des autorités, des Africains sont expulsés de leur logement.

Cette phobie s’est bien sûr répandue parmi la population qui ne cesse depuis de pointer la minorité africaine comme responsable de ce retour de la pandémie. Cette fois, la censure chinoise reste muette. Les marques d’hostilité se sont donc multipliées. Dans un article au Guardian, il est cité un couple de résidents ghanéens, qui auraient attendu deux heures devant un restaurant de Pékin, pour se voir interdire d’entrer, sous prétexte de leur origine. D’autres se sont plaints d’insultes raciales. Et un grand nombre ont même été jetés à la rue par des gérants d’hôtels.

«  Les autorités vont mettre en place un mécanisme de communication efficace avec les consulats étrangers à Canton. » Ministère chinois des Affaires étrangères.

Vendredi, on apprenait que l’Union africaine avait exprimé la veille son « extrême préoccupation » et appelé Pékin à « des mesures rectificatives immédiates ». Beijing devait donner une réponse quelques heures plus tard. Dimanche soir, Zhao Lijian, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, déclarait que « les autorités du Guangdong attachent une grande importance aux préoccupations relevées récemment par certains de nos amis africains ». Des mesures plus affinées devraient être prises. Et d’assurer que « les autorités vont mettre en place un mécanisme de communication efficace avec les consulats étrangers à Canton. Elles s’opposent fermement à tout racisme et tout propos discriminatoire. »

Jusque hier soir, des Africains restaient la cible des attaques, et ce en pleine rue. Certains avaient déjà passé plusieurs nuits dehors. Dans un média en ligne, Quartz Afrika remarquait cette semaine que parmi les étrangers ayant contacté la maladie, plus de la moitié étaient Américains, Philippins ou Britanniques. « Mais aucune de ces personnes n’a fait l’objet d’expulsion comme les Africains. »

Dans un premier temps, la Chine n’a rien remarqué. Silence médiatique total. Puis elle s’est empressée d’assurer que : «le peuple chinois a toujours considéré le peuple africain comme un partenaire et un frère qui partage les mêmes difficultés et les mêmes problèmes. », comme l’a rappelé Zhao Lijian. Un avis qui ne convainc pas l’ensemble de la population. Sur les sites, certains n’hésitent plus à vouloir se débarrasser des « ordures étrangères. »

Aux yeux des Chinois désormais, la seconde vague de contaminations aurait un responsable tout trouvé.

R. Calmé
Photos DR

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