Badis Diab / Demain et le jour d’après

Parce qu’il fallait le faire. Ce n’est pas la réussite sociale qui a amené Badis Diab à l’humanitaire. Ce jeune Algérien de 28 ans a pourtant une trajectoire assez remarquable. Footballeur professionnel, une carrière écourtée pour blessure, mais un rebond dynamique dans le domaine du management, il est un novateur. A 25 ans, il a créé une start-up spécialisée dans l’accompagnement de jeunes amateurs. Des jeunes ! C’est un mot qui a beaucoup d’importance dans son vocabulaire. Et pas seulement sur un terrain de foot.

Les mots sont clairs, la trajectoire précise. Il y a deux ans, le sportif décide de consacrer une bonne partie de son énergie à l’Afrique. « C’est vrai que le sport est une chose finalement assez égoïste. Il y a la carrière, les ambitions, le jeu… On n’en sort pas. A un moment, je me suis rendu compte qu’il y avait d’autre chose dans la vie d’un homme, pour exister, pour se construire. » L’identité : il y revient à plusieurs reprises durant la discussion. Parce qu’elle est au centre de son action.

Pendant dix ans, un revenu mensuel assuré.
En 2016, le jeune manager commence par des distributions scolaires. « Au Ghana déjà, hors de l’espace francophone, mais avec des réalités similaires, puis en Algérie, en Côte d’Ivoire, au Bénin… Ça marche bien, c’est efficace, puis on a pensé que l’aide pouvait aussi aller à des communautés, dans une autre partie de l’Afrique, la plus dure peut-être, la plus violente. » Il part alors pour l’Ouganda, dans des villages qui vivent ces exactions à répétition. Le Rwanda est tout près, la Centrafrique, le Burundi, la RDC… Longue litanie de massacres et d’indifférence à cette souffrance.

On est en 2019. Badis Diab vient de créer l’ONG Unity. Cette fois la stratégie est différente. « Plutôt que d’amener des sacs de riz, on est allé avec l’idée d’assurer un revenu mensuel à des villageois du Sironko (frontière kenyane). Je suis convaincu que ces gens savent très bien ce dont ils ont besoin, ils savent gérer leurs urgences, répondre eux-mêmes aux priorités. » Chaque mois, 50 euros, et sur 10 ans. Chaque mois, l’assurance de pouvoir vivre et se construire.

« La pauvreté n’a pas de religion, elle ne parle pas une langue plutôt qu’une autre, elle n’est pas un privilège. Il faut pouvoir agir où c’est possible. »

Cette très grande précarité des populations, Badis ne l’a vue nulle part aussi importante. « On n’a aucune idée de ce qu’ils vivent. La pauvreté à ce stade est destructrice d’identité. Et là, des gens recommençait à parler au futur. » Ce n’est pas le cas partout sur cette planète.

Au-travers d’actions plus ponctuelles, son Ong est intervenue dans 40 pays, et sur des endroits dont personne ne parle. C’était le cas au Zimbabwe avec la communauté bantoue des Lembas. « Ils sont 70 000 dispersés et se réclament de la religion juive. Personne ne veut d’eux. Ils sont totalement ostracisés. » Et de préciser qu’on ne fait pas de l’humanitaire en fonction des appartenances, qu’elles soient politiques, géographiques ou religieuses. Des Noirs juifs dans le besoin, c’est tout.

« Gaza c’est terrifiant, c’est un lieu où il n’y a plus d’espoir. Où les gens ne se projettent plus. Leur identité est détruite. »

Depuis un an, et de la même façon, ce jeune Algérien est venu sur Gaza, comme il le décrit, « le plus grand ghetto de la planète, 1,5  million d’habitants, qui vivent sans le moindre regard sur le monde extérieur. » Ici, l’humanitaire est plus complexe à mettre en place. Rien ne parvient à destination. Les check points israéliens bloquent les colis. En plus la ville est partagée entre les pouvoirs et les jalousies… Avec l’aide de bénévoles locaux, Badis est tout de même parvenu à aider des enfants. « Un enfant sur deux n’a plus son père, ou sa mère, ou alors il est coupé d’eux, sans ressource. Grâce à ces parrainages, 30 euros par mois, ils vont à l’école, ils se nourrissent. Gaza c’est terrifiant, c’est un lieu où il n’y a plus d’espoir. Où les gens ne se projettent plus. Leur identité est détruite. Les enfants eux, de cette façon, savent qu’il y a un monde ailleurs et que des gens pensent à eux. » Ils sont aujourd’hui 3000 dans cet enfermement qui peuvent donc espérer un jour… que les choses seront différentes.

Badis n’est pas un homme bavard. Il a croisé une Afrique un jour, dans une diversité des questions, des visages, dans un entassement tellement complexe de cultures, d’égoïsme, de pouvoir et d’abandon. Peut-on encore faire quelque chose ? La seule question qui l’intéresse et à laquelle il répond par l’affirmatif.

Roger Calmé
Photo ONG Energy et DR
Contacts : www.unityfamily.org
Facebook : https://www.facebook.com/unityfamilyong/?modal=admin_todo_tour

Partout sur le continent africain, à l’ouest comme au sud, quelque soit la langue et l’appartenance religieuse, tenter de répondre au plus près de la réalité.

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