Libreville: la capitale est à sec

Libreville. Deux gamins d’Ozangué poussent une brouette avec des bidons. Image quotidienne. Avant d’aller à l’école ou le soir, ils sont des dizaines autour de la pompe à eau, derrière la Gaboprix. Des années que ça dure et le ras-le-bol est général. Quels que soient les quartiers, de jour comme de nuit, l’eau est une denrée (très) rare.

Au départ, quelques zones comme les Akébé et Nzeng Ayong ont souffert de la pénurie. Puis Owendo et derrière la Pédiatrie, jusque dans l’ancienne Cité de la Démocratie, les villas « présidentielles » remplissaient leurs jerricans.

Au  fil du temps la situation s’est encore dégradée. Aujourd’hui ce ne sont pas seulement les particuliers qui sont affectés, mais aussi les installations publiques. A commencer par les hôpitaux. On ne le dira pas dans l’Union, le quotidien national, mais le CHU de Libreville vit également au rythme des coupures. Des services privés d’eau, des unités à sec, une maternité privée de robinet. Ce qui ne s’inscrit pas vraiment dans les « standards internationaux ».

Ne cherchez pas de responsable, tout le monde se renvoie la balle. Pour certains, l’ancien distributeur Veolia n’a jamais fait son travail. Installations vétustes, défaut d’alimentation. Le captage est mauvais, l’acheminement déficient, la distribution inadaptée. Pour d’autres, l’Etat a sa part de responsabilités. Il y avait une part des travaux qui lui incombait ? Il jure ses grands dieux que non.

Une évidence. Que la SEEG ait plié bagage et que l’État fasse la sourde oreille, il reste pour l’usager ce sentiment d’être une fois encore l’otage de ce qu’il ignore. Pas d’information ? Aucune amélioration ? De quoi se plaint-il ? C’est tout de même incroyable, on lui demande juste de se laver les mains.

Eautisme ?

Février 2018 / Véolia quitte le Gabon
Il a suffi de trois jours pour qu’un compromis soit trouvé. Des années de mésentente cordiale qui ont trouvé un règlement à l’amiable. Entre gens polis.
Le 16 février 2018,les autorités gabonaises réquisitionnent les locaux de Veolia, qui détient 51% des parts dans la SEEG, la Société d’énergie et d’eau du Gabon. Une action en justice a débuté un an plus tôt devant le Cirdi, le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements. Le 19 février, les deux parties se quittent aimablement.

« Après vingt ans de présence, Veolia quitte le Gabon par la petite porte. », écrit RFI. La société française cède donc ses parts à l’Etat. Une broutille ? Il faut déjà imaginer que Véolia, c’est une présence sur cinq continents, un chiffres d’affaire de 27 milliards d’euros dans lesquels la France ne représente que 21%. La société est en pleine forme. D’ici à 2023, elle prévoit 5 milliards d’investissement. L’eau ne représente pas, de loin s’en faut, son seul secteur d’activité. Elle s’occupe aussi du recyclage des matières dangereuses, entre autres le démantèlement des centrales atomiques. Le Gabon ? Depuis deux ans déjà, le groupe avait prévu un vaste plan de cessions. Les activités manquant de valeur ajoutée.

Veolia Côte d’Ivoire: Le cout de construction de cette usine sera d’environ 10millions d’euros. La plus grosse usine d’Afrique de l’ouest. A livrer le 31 décembre 2021.

Au moment de leur séparation, aucune des deux parties n’a dévoilé le montant que Libreville allait payer à Veolia.

C’est vous qui le dites ?
François Mabicka (employé assurances) :
« J’ai résidé au Maroc deux ans et les coupures, on ne connaissait pas. Aujourd’hui, nous habitons derrière l’Ecole Normale. Là, c’est tous les jours de 8h du matin au soir. Vous imaginez les conditions de travail des écoles et des universités à côté. Je pense que vous choisissez votre logement d’abord en fonction de ce critère. »

Un robinet et trente familles qui attendent. Parfois l’eau prise dans le marigot!

Pauline Mvélé (journaliste) :
« Depuis 13 ans que je vis à Sotega, descente clinique SOS Médecins, on peut compter les jours où il y a eu de l’eau durant la journée. Elle n’arrive que la nuit, et il faut veiller pour remplir les récipients ou mettre en marche la machine à laver. On a donc acheté un surpresseur et un grand fût pour alimenter la maison. Certaines nuits, tu es épuisé. Et si, par mégarde, tu t’endors et laisse le robinet ouvert, tout le domicile est dans l’eau. Invivable ! »

Vincent Ngoma (électricien) :
« Sur ma parcelle, on a deux jours de coupure par semaine, mardi et vendredi, mais on a de la chance. Cinquante mètres plus haut, sur Damas, rien du tout. A mon avis, c’est l’ancienne SEEG, les Français, qui sont responsables. Les installations sont complètement déglinguées. A Awendjé, ça dure depuis des années. Il y a six mois, ils ont même coupé la pompe publique. »

Jeanne-Claude Ntsame (agent immobilier) :
Je suis à Bellevue 2. Depuis un an et demi, on n’a pas une goutte au robinet. Il faut faire jusqu’à 15 km pour trouver. Après le travail, je loue donc un taxi et je vais à la pompe. Là, tu te mets dans la foule. C’est tendu. Il y a des jours où les gens arrivent à se battre pour une bouteille. Oui, la vétusté des installations et une demande très forte. Ils sont incapables d’assumer. »

Armand Mouketou (sans emploi) :
« Où j’habite à la cité des Médecins, depuis un an et demi, ça revient juste vers 4 ou 5 h du matin. Pour se débrouiller, je vais parfois à la station Pétro, mais ça arrive qu’ils interdisent. La pompe publique ? C’est pareil, t’es jamais sûr. Dans le quartier pour se laver, les gens prennent parfois l’eau du marigot. Et j’ai vu des gens se battre. En venir aux mains ! »

R. Calmé
Photo DR

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