Hasna Haïk: Multicolore

Au pluriel. Tout est au pluriel dans le roman d’Hasna Haïk. Elle le dit ici : multicolore. A l’image du Maghreb et de toute l’Afrique. A l’image de la France. Celle qui regarde à l’extérieur, celle qui descend dans la rue. Un roman sur l’identité donc et une histoire d’amour, expression plurielle s’il en est.

Bonjour Hasna. Nous sommes en France. Nous parlons de l’Afrique, au sens le plus large. Quelle couleur tout ça peut avoir ?
Multicolore. Je veux dire humainement. Dans ce livre j’ai voulu parler d’une France où chacun aurait le droit d’avoir une saveur particulière, tout en étant fier de son identité française. Quand on s’intéresse aux autres, on se surprend à découvrir bien plus de ressemblances que de différences. C’est ce qui se passe entre deux personnages de mon roman, deux voisines, dont l’une est musulmane et l’autre juive. Tout les rapproche, ces deux femmes. Au point de « vivre » ensemble le plus intime. Le « vivre ensemble » ne doit pas juste être un concept à la mode pour faire « bien intégré ». Il n’est pas uniquement nécessaire pour notre épanouissement, mais tout simplement indispensable pour notre survie. Et j’espère qu’il sera inné, naturel et évident pour le « demain » des générations futures.

Votre plus grande crainte ?
Je ne veux pas que la France se transforme en État inquisiteur.

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L’Afrique subsaharienne, c’est un bien grand mot. Avec plein de syllabes. Vous la voyez comment ?
Elle me paraît trop… occultée. En France, on sait peu de choses à son sujet, alors qu’elle s’inscrit dans son histoire. On fait nettement la distinction entre le Maghreb et tout ce qui se situe en dessous du Sahara. On parle de « l’Afrique noire » comme d’un seul et même pays et du Maghreb comme d’un continent. Le Maroc est une sorte de pont entre les deux rives d’un profond fossé. Beaucoup de migrants voient le Maroc comme l’ultime étape avant « l’eldorado européen ». J’aimerais que le Maroc et que les Africains, toutes couleurs de peaux confondues, prennent conscience des richesses de leur terre commune et de leur potentiel à devenir plus autonomes.  Comme mon héroïne essaye de le faire en se « décolonisant » du regard des autres…

S’il y avait une « suite », comment la verriez-vous?
Bizarrement, le personnage qui me vient à l’esprit, est très secondaire dans le livre. Il s’agit de Françoise. Une femme devenue raciste à la suite d’un divorce avec un homme d’origine espagnole. J’aimerais qu’elle puisse se retrouver par accident dans un village africain, sans eau ni électricité, complètement coupée de ses repères. Je crois qu’à ce moment-là, son instinct de survie la forcera à se raccrocher à l’essentiel et à se rapprocher des autres. Peut-être qu’elle se rendra compte qu’ils partagent un point commun : leur humanité. Et puis je sens que ça pourrait-être très drôle comme livre !

Un voyage en Afrique subsaharienne, un personnage qui vous fait réfléchir ?
La gouverneure de la province de Tétouan, Sayyida Al Horra. Dans l’histoire de ma ville, j’ai découvert qu’une reine l’avait dirigée au XVIe siècle. Cela m’a poussée à me questionner sur la place des femmes en Orient et en Afrique. Je n’avais pas imaginé possible que des femmes aient pu parvenir à se hisser à ce niveau dans des sociétés patriarcales. On en parle peu et pas assez. Il est aussi difficile d’obtenir des sources historiques fiables. Peut-être une volonté d’effacer les preuves de l’existence de ces femmes fortes… 

Votre héroïne est une femme forte, qui « se » décide. La force pour vous, d’une femme africaine, elle se situe à quel(s) niveaux (x) ?
D’échapper aux fantasmes déjà. La colonisation, les traditions ont nourri beaucoup de clichés. Je crois que la femme africaine doit inventer son propre chemin et sa propre résilience. Ne pas suivre les pistes qu’on voudrait lui imposer. C’est ce qu’Alhorra, mon héroïne, décide de faire en voyageant avec son amie Lola et en découvrant l’histoire de ses ancêtres arabo-andalous. Savoir qui elle est va progressivement la rendre actrice de sa vie et réaliser qu’elle est capable de désirer des choses, mais aussi… un homme ! Elle sera la première surprise en allant à sa propre rencontre et en découvrant l’étendue de ses ressources. Pour moi, la force de la femme africaine réside dans sa détermination, sa résistance et son courage. Et ce sont des qualités indispensables au développement de l’Afrique qui ne pourra pas se faire sans les femmes !

La Libre, de Hasna Haïk, éditions Acoria, 22 euros.

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