Laetitia Ky: les cheveux en quatre

On pourrait commencer cette journée par un petit air de guitare. En cette époque sacrément inquiétante, la musique fait le plus grand bien. Prenez par exemple Laetitia Ky. Elle adore cet instrument et la trompette aussi. Elle en joue d’ailleurs très habilement avec ses cheveux. Laetitia laisse ses mèches courir sur les cordes et souffler dans le cornet. Formidable ! Cette jeune ivoirienne de 23 ans a littéralement  enthousiasmé les réseaux quand elle a montré en 2017 ses premières sculptures capillaires. Et parmi celles-ci un petit air de guitare, un souffle de trompette.

Laetitia Ky est une militante. Vous avez dû lire cette phrase partout. On peut dire les choses ainsi. Militante de la mémoire. De se souvenir des cultures anciennes, celles qui disent avec leurs cheveux l’appartenance au groupe, le statut familial, l’envie du mari… ou son rejet. On peut parier que Laetitia a vu le travail (énorme) du photographe nigérian J.K. Okhai Ojeikere. Pendant 40 ans, des milliers de clichés des coiffures nigérianes au quotidien. Celle que vous portez pour aller au bureau, celle qui dit la fin de la guerre (« Ogun Pari ») et celle qui acclame la construction des premiers buildings de Lagos (« Onile Gogoro Kiko »). Bref, elle a trouvé ça franchement formidable.

On n’écoute plus les serpents et les mangeurs de pommes non plus. On dessine le paradis. Ce matin…

Et c’est là que tout devient poétique et politique. Laetitia tresse ses rêves, ses questions sur l’Afrique, le bruit, les poils aux aisselles, sur la guitare évidemment dont ses cheveux jouent et qui nous donnent le sourire, ce fichu matin de Coronavirus. « Un moyen d’expression comme les autres et un art puissant !, explique-t-elle. La possibilité incroyable d’affirmer sa personnalité, ses états d’âmes. » Mais aussi de se convaincre qu’on est libre, qu’on peut oser ce que le monde vous interdit. Ça commence par les cheveux et on ne sait jamais où ça s’arrête !

« Un jour j’ai reçu le message d’une jeune fille qui m’a dit que grâce à moi et mes posts elle avait eu le courage de se mettre des mèches bleues qu’elle voulait depuis longtemps mais qu’elle avait peur d’oser. Ce jour-là je me suis sentie utile et je me suis dit qu’il fallait que je n’arrête jamais de me battre pour encourager mon entourage à se libérer. », confie-t-elle dans un interview au site www.mafeminite.com.

Un petit air de jazz.

Libre. Pour la petite histoire, cette artiste qui n’a pas vraiment d’étiquette, une body-reporter, en quête d’âme et de sens, cette jeunette-là était très brillante à l’école. Seulement voilà, elle avait autre chose à faire. Aujourd’hui, ce sont les cheveux. La belle expression qu’elle revisite : faire ses cheveux. Shampoing nécessaire, baume enrichissant, mais aussi des envies de mode, de la sape forcément atypique, et puis du cinéma pourquoi pas. Comme elle le dit si bien : « Et bien niveau projet je ne sais même pas par quoi commencer tellement ça bouillonne dans ma tête. »

R. Calmé
Photos : Laetitia Ky et DR

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